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  • Marion DE BASTOS

Rétraction tendineuse du poulain & ostéopathie

Chez le poulain, il existe de nombreuses déviations d'aplombs (non rectitude des membres) pouvant être extrêmement problématiques si elles ne sont pas prises en charge très tôt. Elles peuvent être congénitales, ou apparaître lors de la croissance un peu plus tard.

Il existe différents types de déviations d'aplombs, sur différents plans :

  • Les déviations sur un plan angulaire (varus, valgus...)

Tiré de la thèse du Docteur Vétérinaire Céline Lenoir


  • Les déviations sur un plan rotatoire (panard, cagneux...)

Tiré de la thèse du Docteur Vétérinaire Céline Lenoir


  • Les déviations sur un plan sagittal (défaut d'extension, hyper extension...)

Dans cet article, nous allons nous concentrer sur les déviations sur un plan sagittal, et plus précisément sur les défauts d'extension, aussi appelés "rétractions tendineuses", "hyper flexion articulaire" ou encore "contractures tendineuses". Ce défaut d'extension peut se situer sur n'importe quelle articulation du membre (inter phalangienne, boulet, carpe/tarse).

Nous nous concentrerons ici sur la rétraction tendineuse du carpe plus précisément.


Lors de rétraction tendineuse du carpe, ce sont les muscles ulnaire latéral, les muscles fléchisseurs, ulnaire et radial du carpe qui sont incriminés. Le cheval/poulain aura alors le genou comme arqué, autrement dit "brassicourt".

Tiré de "LES DEFAUTS D’APLOMBS DU CHEVAL : ORIGINE, CONSEQUENCES ET POSSIBILITES DE TRAITEMENT" de Céline LENOIR
Tiré de la Thèse du Dr Vétérinaire Céline LENOIR

Les causes de cette affection sont diverses, afin de faire un récapitulatif, voici un organigramme de J.A Auer, trouvé dans la thèse de Doctorat Vétérinaire "LES DEFAUTS D’APLOMBS DU CHEVAL : ORIGINE, CONSEQUENCES ET POSSIBILITES DE TRAITEMENT" de Céline LENOIR.

Les conséquences de ces déviations, peuvent être nombreuses :

  • Calcification des capsules, des fascias, tendons et ligaments articulaires

  • Changements dégénératifs avec remodelages osseux

  • Modifications pathologiques des tissus cartilagineux

  • Rupture du tendon extenseur commun du doigt

  • Apparition d'un syndrome naviculaire

  • .... etc.

C'est pourquoi il est important d'agir vite afin de régler cette pathologie !


Il existe plusieurs traitements/aides afin de répondre à cette pathologie :

  • Repos, exercice restreint

  • Changement d'alimentation : diminuer l'apport énergétique et protéique de la jument suitée si poulain sous la mère, ou du poulain

  • Pose de plâtres/bandages : afin de maintenir le membre dans un bon alignement

  • Traitement médical : anti-inflammatoires, oxytétracycline

  • Maréchalerie : parage et/ou ferrures correctrices

  • Intervention chirurgicale : pour les cas sévères, et si échec des autres solutions

Mais une autre aide, moins connue, existe : l'ostéopathie.

En effet, en ostéopathie, nous pouvons avoir une action sur cette pathologie, qu'elle soit utilisée seule, ou en complément d'autres traitements comme ceux cités précédemment.


Afin d'illustrer cet article, je vais vous présenter un cas que j'ai pu rencontrer à La Ferme Beaulieu


Kenya est né le 10 août 2020.

Très vite, il a présenté des signes de rétraction tendineuse. Il a bien évidemment eu un avis vétérinaire en premier lieu, qui a dit qu'il était possible d'attendre avant la pose de plâtre ou encore de maréchalerie, la propriétaire ne souhaitant pas le plâtrer d'emblée et essayer l'ostéopathie avant, et le stade de rétraction étant léger.

Sur la photo 1, on peut voir que Kenya, au lieu d'écarter ses membres comme les poulains le font normalement, est obligé de les plier afin de baisser la tête/manger. En effet, sa rétraction tendineuse l'empêche de venir tendre ses membres, et donc de réaliser l'extension nécessaire pour pouvoir les écarter.

Sur la photo 2, on visualise bien la problématique de Kenya qui se trouve au niveau des carpes, et surtout au niveau de l'antérieur gauche, qui est plus atteint que le droit.


Je suis donc très rapidement intervenue en ostéopathie sur Kenya, afin de l'aider à récupérer des aplombs normaux, et d'éviter, si possible la pose de plâtre.

1ère séance : 01/09/2020

Ce jour, Kenya présentait de grosses tensions au niveau des muscles des épaules, mais aussi des lombaires avec une légère sensibilité à la charnière thoraco-lombaire. Il présentait aussi une diarrhée, soignée par le vétérinaire.


Les zones normalisées lors de cette 1ère séance étaient :

  • Travail sur les hélices fasciales sur les 2 membres antérieurs (vert)

  • Un travail tissulaire : de C6 à T1, des muscles des épaules et des avant bras, notamment les muscles touchés cités précédemment, ainsi qu'un travail en étirement des épaules et des carpes (rose)

  • Un travail sur la FTM : Force de Traction Médullaire (pointillés violets)

  • Rééquilibrage crânio-sacrée (jaune)

Suite à cette séance, Kenya présentait toujours sa rétraction, mais la propriétaire voyait quelquefois des améliorations où il arrivait plus facilement à tendre ses membres. Les résultats n'étant pas assez satisfaisants, et un travail important ayant été nécessaire la première fois, je suis revenue voir Kenya environ 1 semaine après.

2ème séance : 09/09/2020

Ce jour, Kenya présentait à la palpation des contractures musculaires assez importantes au niveau du garrot.


Les zones normalisées lors de cette 2ème séance étaient :

  • Normalisation de T13 en tissulaire (rose)

  • Travail tissulaire sur le temporal gauche (bleu)

  • Travail sur la FTM (pointillés violets)

  • Travail tissulaire au niveau des deux carpes (rose)

  • Travail musculaire au niveau du garrot, épaules et avant bras, qui présentaient de grosses tensions (vert)

  • Travail de mobilisation en étirement des épaules et des carpes (rose)

Suite à cette séance, les améliorations ont commencé à être plus visibles, avec un poulain se tenant mieux, et ayant moins de mal à baisser la tête.

Quelques jours après la 2ème séance

Lors de ma visite pour sa 3 ème séance 1 mois après, Kenya se tenait déjà beaucoup mieux.

Photo prise lors de la 3ème séance : 07/10/2020

On peut voir que les membres de Kenya sont beaucoup moins brassicourt, même s'ils ne sont pas encore totalement d'aplomb.

J'ai donc réalisé une 3ème séance 1 mois après.

Ce jour là, Kenya présentait de légères sensibilités au niveau des 1ères lombaires et des 2 sciatiques.


Les zones normalisées lors de cette 3ème séance étaient :

  • Normalisation tissulaire de : T6, L3 et du sacrum (rose)

  • Travail tissulaire sur l'articulation scapulo-humérale gauche (rose)

  • Travail sur l'axe crânio-sacré

  • Travail sur les fascias des 2 membres antérieurs (vert)

  • TOG (Traitement Ostéopathie général) : au niveau des antérieurs, mobilisation passive en extension


Suite à ces séances, Kenya a eu beaucoup plus de facilités à étendre ses membres.

Il fait même des exercices de gymnastique comme sur la dernière photo afin de nous montre sa souplesse retrouvée !


On peut donc dire, que dans ce cas Kenya a réellement eu des bénéfices liés aux séances d'ostéopathie, puisqu'il n'a eu ni maréchalerie, ni soins complémentaires vétérinaires en plus.


En réponse à vos questions :

Les techniques ostéopathiques utilisées dans ce cas ont été choisies par rapport aux formations que j'ai pu recevoir, en fonction de ma pratique, et surtout et toujours en rapport direct au cas ; En fonction de ce qu'il me semblait être le plus approprié pour lui ces jours là.

Au vu de la pathologie, j'ai préféré utiliser des techniques tissulaires fasciales, musculaires et de mobilisation passive majoritairement, tout en respectant l'équilibre global du poulain mais aussi mes tests d'attractions tissulaires, afin de localiser et de normaliser la dysfonction primaire pour toujours garder l'aspect global de l'ostéopathie.

D'autres protocoles et techniques peuvent bien évidemment fonctionner, tant que l'on respecte les différentes lois de l'ostéopathie, les besoins du corps de l'animal, et que l'on écoute ses mains !


Par rapport à la fréquence des visites, je n'avais pas mis en place un protocole stricte. J'ai, encore une fois, adapté en fonction du cas, et ce que je ressentais sous la main quand je venais. Mais aussi en fonction de la présence d'améliorations ou non. Sachant qu'il faut toujours garder en tête qu'il faut régler le problème très rapidement dans ce genre d'affections.


PRÉCISION IMPORTANTE


Je tiens à préciser que Kenya était suivi très régulièrement par un vétérinaire, ainsi qu'un maréchal qui donnait régulièrement son avis. Aucun autre soin n'a été réalisé sur Kenya, car les autres professionnels de santé n'ont pas jugé nécessaire d'en réaliser de suite.

Nous avions une date butoir jusqu'à laquelle nous pouvions essayer de l'aider de cette façon uniquement, si cette date avait été dépassée sans amélioration, des soins vétérinaires mais aussi de maréchalerie auraient été nécessaires ! Chaque cas est différent, et nécessite l'avis de plusieurs professionnels.

L'ostéopathie est une médecine complémentaire, qui ne se substitue en aucun cas à un avis et à des soins vétérinaires.

Je vous présente aujourd'hui ce cas pour vous montrer qu'il existe diverses solutions pour aider lors de pathologies d'aplombs chez le poulain, et que l'ostéopathie offre des résultats intéressants dans certains cas, mais n'oubliez pas que c'est une pathologie nécessitant d'être prise en charge rapidement, et qu'un avis vétérinaire est toujours nécessaire.



Merci à tous pour votre lecture ! Je reste disponible pour toute question/discussion.



Bibliographie : Céline LENOIR, C. N. (2003, septembre). Les défauts d’aplombs du cheval : origine, conséquences et possibilités de traitement. https://oatao.univ-toulouse.fr/1085/1/debouch_1085.pdf

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